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Zadig après l'école. Pourquoi les décrocheurs scolaires raccrochent-ils?

Joël Zaffran et Juliette Vollet (2018), Zadig après l'école. Pourquoi les décrocheurs scolaires raccrochent-ils?, Lormont, Le Bord de l'eau, 225 p.
Le décrochage scolaire est un phénomène social devenu une préoccupation politique sous la pression de normes françaises et européennes, voire internationales. Joël Zaffran et Juliette Vollet y voient «une tragédie qui relie les enjeux scolaires aux enjeux politiques sans saisir les enjeux sociaux et subjectifs, dramatiques ou salutaires, qui font ou ne font pas problème aux yeux des jeunes eux-mêmes» (p. 13). Selon les politiques concernées, et puisqu’il faut quantifier l’ampleur du phénomène pour mesurer l’écart entre une situation observée et une situation souhaitée, de nombreuses définitions opératoires du décrochage scolaire sont proposées, mais à l’échelle européenne, elles se résument par cette formule : « ni à l’école, ni au travail, ni en formation » (p. 12). Sous l’angle des politiques publiques, cette situatio…

La radio X, les médias et les citoyens, dénigrement et confrontation sociale

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Diane Vincent, Olivier Turbine et Marty Laforest (2008), La radio X, les médias et les citoyens. Dénigrement et confrontation sociale, Montréal, Nota Bene, 206 p.

J'ai lu ce livre dans la perspective d'une communication que j'ai faite avec mon collègue Jean-Claude Simard au colloque de la Société québécoise de philosophie, au Congrès de l'ACFAS, jeudi denier. Elle portait sur "La ville de Québec: quelques causes d'une droite récurrente". Fondé sur une analyse de données orales et écrites, l'ouvrage réunit six études très pertinentes afin de dresser le portrait de la radio X à Québec. Certains propos des animateurs donnent froid sans le dos, par exemple celui-ci: "Crisse, je suis sur le bord de rentrer dans les journaux pis d'aller tirer quelqu'un". Cette banalisation de la violence perdure, alors qu'au moment de faire notre communication, Le Journal de Québec rendait compte du fait que ce même animateur invitait les policiers à …

Le décrochage scolaire

Pierre-Yves Bernard (2011), Le décrochage scolaire, Paris, PUF, 128 p.

Petite lecture simple en prévision de ma communication au colloque Territoires et décrochage scolaire à l'Université de Nantes le jeudi 31 mai. Le livre propose une synthèse de la question, telle qu'elle se décline en France plus particulièrement. Le chapitre sur les politiques éducatives face au décrochage scolaire propose quelques pistes théoriques intéressantes.

Histoire des sciences

Yves Gingras (2018), Histoire des sciences, Paris, PUF, 128 p.

Complément de Sociologie des sciences parue dans cette même collection Que sais-je?, Histoire des sciences d'Yves Gingras propose une magnifique synthèse de la question, articulée autour de trois grandes périodes: les sciences anciennes (500 av. J-C, 1600); le renouvellement des sciences (1500-1800); la multiplication et la convergence des disciplines (1800-2000). Le premier chapitre s'intéresse à l'histoire et aux usages de l'histoire des sciences. Un très bon livre. Peut-on synthétiser l'histoire des sciences en 128 pages? Gingras répondra  à cette question dans le contexte des débats du Centre Alexandre-Koyré le 13 juin à Paris.

3 romans graphiques

Philippe Girard (2012), La mauvaise fille, Montréal, Glénat, 167 p.
Philippe Girard (2010), La visite des morts, Montréal, Glénat, 84 p.
Philippe Girard (2009), Tuer Vélasquez, Montréal, Glénat, 192 p.

Il m'arrive (rarement) de lire des romans graphiques, mais j'apprécie habituellement beaucoup une telle lecture de détente. Philippe Girard propose ces trois ouvrages dont l'action se déroule à Québec, une ville qu'il connait bien puisqu'il y habite et y a grandi. L'approche est autobiographique dans le cas de La mauvaise fille et de Tuer Vélasquez, ce dernier étant particulièrement intéressant puisqu'il y est question d'une affaire de pédophilie qui met en scène Phillipe à 16 ans et un prêtre anticonformiste. Ce dernier encourage Philippe à tuer (symboliquement) le peintre Vélasquez pour apprécier pleinement Picasso. Il y a des références aux Bob Morane de mon enfance et on reconnait dans les vignettes plusieurs autres artéfacts des années 1970.

Le manifeste des parvenus. Le think big des pense-petit

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Julia Posca (2018), Le manifeste des parvenus. Le think big des pense-petit, Montréal, Lux, 147 p.

L'auteure, une sociologue associée à l'IRIS, propose cet essai qui tient à la fois de l'analyse et de la satire, si bien qu'un lecteur non averti - ou un parvenu en devenir qui s'assume - pourrait prendre à la lettre ses six commandements: (1) l'argent, tu honoreras; (2) à plus petit que toi, tu ne t'intéresseras pas; (3) une économie de dirigeants, tu bâtiras; (4) par l'impôt, tu ne te laisseras pas dérober; (5) le bien, tu convoiteras; (6) la réalité de la vie, c'est l'entreprise privée. Suivent quatre leçons à tirer de ce manifeste: (1) les parvenus souffrent du délire paranoïaque; (2) les parvenus ont liquidé l'élite progressiste et son projet de société; (3) les parvenus s'enrichissent sans les autres; (4) l'élite parvenue ne vous aime pas. Le ton est donné, le style est alerte, les exemples sont puisés dans les journaux quotidien…

Comment vivre en temps de crise ?

Edgar Morin et Patrick Viveret (2010), Comment vivre en temps de crise?, Paris, Bayard, 92 p.

Face à la crise que nous traversons, il faut prendre distance. C'est ce que proposent Edgar Morin et Patrick Villeret, philosophe et chargé de mission sous le gouvernement de Lionel Jospin. Le premier texte, signé Morin, reprend ses thèmes de prédilection: les crises aggravent les incertitudes et peuvent stimuler la recherche de solutions nouvelles. la mondialisation est à la fois la pire et la meilleure chose. Le futur n'est jamais joué d'avance. Le texte de Viveret est plus substantiel. Il reprend le principe d'espérance de Morin: l'improbable, les possibilités créatrices puis finalement la métamorphose. Il rappelle le mot d'Antonio Gramsci: "Une crise se produit au moment où le vieux monde tarde à disparaître, où le nouveau monde tarde à naître, et dans ce clair-obscur des monstres peuvent apparaître" (p. 38). Démesure et mal-être caractérisent la crise a…

Où est passé le peuple de gauche ?

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Edgar Morin (2017), Où est passé le peuple de gauche?, Paris, L'Aube, 84 p.

Le fan que je suis de l'oeuvre d'Edgar Morin ne pouvait passer à côté de cet opuscule qui se lit d'un trait. Morin remonte aux sources libertaires, socialistes et communistes de la gauche, mais il y ajoute la dimension écologique, plus actuelle que jamais. Il propose cinq textes, écrits entre 2014 et 2017. Il fait référence notamment au mouvement convivialiste que j'ai fréquenté le temps d'un colloque, et dont je me promets toujours de rendre compte dans une revue de gauche. "Le convivialisme est une idée-force sans laquelle il n'y aura pas de politique de civilisation", affirme Edgar Morin sur le site du mouvement. En lien avec le temps, Morin précise: "Nous devons reconquérir un temps adapté à nos rythmes propres et n'obéissant plus que partiellement à la pression chronométrique. La réforme de vie alternerait les périodes de vitesse (qui ont des vertus enivrant…

La société de transparence

Byung-Chul Han (2017), La société de transparence, Paris, PUF, 91 p.

Je n'avais entendu que du bien de cet essayiste berlinois. Il semble en outre que ce court ouvrage ne soit pas son meilleur essai. Sa thèse: nous sommes entrés dans l'ère de la transparence qui ne tolère aucune faille. Il faut être visible, ou suspect. "Les choses deviennent transparentes lorsqu'elles se départissent de toute négativité, lorsqu'elles sont lissées et nivelées, lorsqu'elles s'intègrent sans résistance dans les flux sans pli du capital, de la communication et de l'information" (p. 7). "Dans la société exposée, chaque sujet est son propre objet publicitaire. Tout se mesure à l'aune de sa valeur d'exposition" (p. 25). Quelques passages éclairent en outre la question de l'accélération du temps social, à laquelle je m'intéresse. L'ouvrage est peu accessible, principalement parce que sa théorie n'est pas illustrée par des exemples concr…

Que veut dire accompagner ? Conseiller, soutenir, former...

Danièle Boulard et Benoit Duguay (2018), Que veut-dire accompagner? Conseiller, soutenir, former..., Montréal, Liber, 137 p.

Cet ouvrage n'est pas un incontournable du genre, mais il a le mérite de camper certaines définitions liées à l'oeuvre d'accompagnement, dans son sens générique. "Accompagner quelqu'un, c'est se placer ni devant, ni derrière, ni à la place. C'est être à côté" (p. 9). Les nuances d'usage sont apportées entre le tutorat, le coaching, le jumelage, le parrainage, etc. Accompagnement en mode présentiel et à distance, de un à un, de un à plusieurs et de plusieurs à plusieurs (accompagnement tribal). On y voit l'influence de Michel Maffesoli (un sociologue que j'ai rencontré à l'Université Laval au début des années 1980), avec le concept de tribu. À mi-chemin entre le livre pratique et l'ouvrage conceptuel, il risque fort de passer à côté de son lectorat. Il n'est toutefois pas sans intérêt, même si mes attentes…

Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire

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Sébastien Proulx (2018), Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire, Québec, Septentrion, 144 p.

Le livre du ministre de l'Éducation a été lancé la semaine dernière et déjà, de nombreuses critiques de son contenu sont apparues sur les réseaux sociaux, de la part de gens qui parfois n'ont même pas pris le temps de lire l'ouvrage (Source de la photo: Simon Clark, Journal de Québec). Pour ma part, je l'ai lu, et avec grand intérêt.

Il est bien écrit, dans une langue efficace et avec un vocabulaire sobre. Le ministre sera sûrement heureux de l'apprendre puisque l'homme et son gouvernement apprécient l'efficience (l'efficacité atteinte grâce à un minimum de ressources). Il n'y a pas trop de mots dans le livre: juste assez. Et je ne le dis pas de manière péjorative puisque cette critique, je l'adresse parfois à mes étudiant.es: "ton texte est bon, mais il y a trop de mots..." Les mots dits et les mots écrits sont beaux en soi. Ma…

Pour les sciences sociales

Cyril Lemieux (dir.) (2017), Pour les sciences sociales. 101 livres, Paris, EHESS, 347 p.

Je suis un collaborateur régulier de Liens Socio, le portail francophone généraliste d’informations en sciences sociales. J'y publie environ chaque trois mois un compte rendu de lecture. Celui que j'ai fait de l'ouvrage en titre a connu une diffusion plus grande qu'habituellement, l'éditeur du livre en faisant même la diffusion sur Twitter par deux fois. Ce livre est un pari, affirment d’emblée le directeur de la publication et les collègues qui contribuent à sa coordination. Il s’agit de relire 101 livres qui, entre 1947 et 2016, marquent la construction des sciences sociales en France, mais aussi à travers le monde, pour ensuite en rendre compte de manière synthétique, mais susceptible d’intéresser les chercheurs et un lectorat plus large constitué des personnes « qui aiment les sciences sociales pour ce qu’elles leur apportent de connaissances et de liberté » (p. 8). …

Les luttes fécondes

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Catherine Dorion (2017), Les luttes fécondes, Montréal, Atelier 10, 109 p.

Ma benjamine, étudiante à la maîtrise en études littéraires, a beaucoup aimé ce livre et elle s'y est reconnue. Raison suffisante pour m'inciter à le lire à mon tour. Catherine Dorion (source de la photo: Catherine Genest, Voir) est comédienne, politologue et politicienne. Femme engagée, femme de coeur et de conviction, femme de sa génération, dans le sens le plus noble du terme. Elle a été découverte comme candidate d'Option nationale aux élections générales de 2012 et de 2014. Elle sera fort probablement candidate pour Québec solidaire dans Taschereau aux élections d'octobre 2018 (l'investiture n'a pas été tenue encore). Et il est aussi fort probable qu'elle obtienne plus de 20% des votes. Elle aura le mien, sans l'ombre d'un doute (ma résidence principale est dans Taschereau). Un vote enthousiaste, comme cela m'est arrivé peu souvent depuis ma majorité acquise en 1976…

Mon voyage en Amérique

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Kim Yaroshevskaya (2017), Mon voyage en Amérique, Montréal, Boréal, 139 p.

Kim Yaroshevkaya, c'est la Fanfreluche de mon enfance. Une comédienne, mais avant tout une auteure jeunesse qui, comme les Marc Favreau, Luc Durand et Marcel Sabourin de l'époque, écrivait chaque semaine une émission jeunessse de 30 minutes riche de poésie, de rêve et de mots beaux et vrais prononcés de manière juste. L'exil de son URSS natale jusqu'au Québec est la trame de ce récit, proposé sous forme d'une poésie en prose agrémentée de photos et de dessins. Depuis ses 10 ans jusqu'à son rôle de grand-mère dans Passe-Partout. "C'était en 1934. J'avais dix ans. Je vivais à Moscou. Mes parents étaient morts, je vivais avec ma grand-mère" (p. 8). Puis c'est le voyage en Amérique pour rejoindre des membres de sa famille. Le Québec adopte la jeune femme, peut-être un peu malgré elle puisque sa langue d'usage à Montréal est d'abord l'anglais. On aurait aimé…

L'île de Luna

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Edgar Morin (2017), L'île de Luna, Paris, Actes Sud, 180 p.

J'ai lu (presque) tout Edgar Morin, ce qui est en soi un exploit, considérant la richesse et la complexité de l'oeuvre. Je ne pouvais passer outre son seul ouvrage de fiction, un roman écrit il y a 70 ans et resté depuis dans un tiroir. Au moment où Morin travaille sur L'Homme et la mort (1951), une anthropologie de la mort, il ose un roman largement autobiographique racontant l'histoire d'un kid de 9 ans, Albert Mercier, qui vit (ou plutôt refuse de vivre) le deuil de sa mère Luna. Cette mort lui est révélée à travers les mensonges ("elle est partie en cure à Vittel") et les non-dits (on évite de prononcer les mots "morts" et "funérailles", mais on exige de l'enfant le port du brassard noir et une visite au cimetière). La toile d'Arnold Böcklin, L'île des morts (1880), a valeur de symbole dans ce roman.

À travers ses journaux intimes et ses ouvrages qui inscr…

Reconnaître le fascisme

Unberto Eco (2017). Reconnaître le fascisme, Paris, Grasset, 52 p.

Umberto Eco (1932-2016) est un érudit et un humaniste italien dont l’œuvre se décline par des essais remarquables (Histoire de la laideur, Histoire de la beauté) et des romans fascinants (Le nom de la rose, Le pendule de Foucault). L’homme est mort l’an dernier, mais les librairies nous font le cadeau depuis, en édition ou en réédition, de quelques-uns de ses ouvrages. Son dernier roman, Numéro Zéro (Grasset, 2015), est intéressant sans pour autant être un grand livre comme ses précédents. Comment écrire sa thèse (Flammarion, 2016) propose aux personnes concernées de vivre la thèse comme une chasse au trésor, alors il est possible de la compléter sans devenir complètement fou. Reconnaître le fascisme (Grasset, 2017) est un tout petit livre exceptionnel de 52 pages, construit autour d’un discours qu’il a prononcé en 1995, mais qui demeure d’actualité, considérant la résurgence du phénomène. Il y définit les 14 traits ca…

Un peu de silence en cette ère si bruyante

Erling Kagge (2017). Un peu de silence en cette ère si bruyante, Montréal, Guy Saint-Jean, 141 p.

Le livre me fait un clin d'oeil sur le présentoir de la librairie. Qu'est-ce que le silence, où se trouve-t-il et pourquoi est-il important? Un aventurier norvégien répond à ces questions en 33 courts essais. Récit intime qui n'est pas sans intérêt, bien qu'assez peu documenté. Ce n'était pas le but, me répondrait-il. "Regarder une autre personne droit dans les yeux pendant quatre minutes de silence a été l'une de mes expériences les plus excitantes de ma vie" (p. 123).

C'était mieux avant

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Michel Serres (2017). C'était mieux avant, Paris, Le Pommier, 95 p.

Suite de Petite Poucette, un manifeste technoprophétique qui couvre d'éloges les jeunes de la nouvelle génération qui maîtrisent la technologie grâce au jeu de leurs pouces sur le clavier du téléphone portable. Cette fois, Michel Serres s'en prend aux vieux râleurs qui prétendent que c'était mieux avant. Avant, prétend-il, c'était plutôt le règne d'Hitler et de Staline, des guerres et des crimes d'État qui ont fait des millions de morts. Il peut témoigner que ce n'était pas mieux avant puisqu'il y était! Et ce clin d'oeil à l'accent québécois: "À une soutenance de thèse en Sorbonne, j'ai entendu des membres du jury faire rire l'assistance en l'impétrant, au demeurant expert mondial en sa matière, pour sa québécoise voix. Ce savant canadien, ces  maîtres parisiens le traitaient d'Indien de la plaine." (p. 70).

Politiques de l'extrême centre

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Alain Denault (2016). Politiques de l'extrême centre, Montréal, Lux, 93 p.

La thèse est complémentaire à celle de son ouvrage sur La médiocratie: économie réduite à la finance, un État social qu s'écroule et une perte des repères philosophiques. À gauche comme à droite, la médiocrité se déploie et se rejoint à un extrême centre insignifiant, sans sens. Mais que faire? Personne ne trouve grâce aux yeux de l'auteur (comme si tout le monde faisait partie des médiocres, sous prétexte qu'ils s'adaptent aux institutions). Sa solution consiste à se radicaliser (mais une société constituée essentiellement d'éléments radicaux est-elle viable?).

Un homme qui dort

Georges Perec (1967). Un homme qui dort, Paris, Denoël, 144 p.

Pas très jojo comme lecture du Nouvel An, mais néanmoins intéressante. Nihilisme et indifférence absolus. Un homme qui ne sait pas vivre et qui ne le saura jamais. C'est l'histoire d'un étudiant de 25 ans qui décide de ne pas se présenter à son examen de licence (il étudie Aron). Il erre dans les rues de Paris et végète dans sa minuscule chambre de bonne. Le roman est écrit à la deuxième personne, au "tu", ce qui annonce le Perec oulipien. On en a fait un film qui traduit bien l'essence du livre.

Marcher, une philosophie

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Frédéric Gros (2011). Marcher, une philosophie, Paris, Flammarion, collection Champs Essais, 312 p.

Il est ici question de méditations philosophiques autour du thème de la marche. L'ouvrage, signé par un philosophe spécialiste de Foucault, est agencé par thèmes (libertés, lenteur, éternités...), mais aussi autour de philosophes qui ont fait de la marche une manière de penser, voire de vivre: Nietzsche, Rimbaud, Rousseau, Kant... L'errance mélancolique de Nerval est troublante: il a erré dans Paris jusqu'à un cul-de-sac, lieu de son suicide. "Peut-être, quand tout sera détruit, disparue la civilisation après un cataclysme majeur, sur les ruines fumantes d'une humanité engloutie, qu'il ne restera plus alors qu'à marcher" (p. 297).

J'aime les églises

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J'aime les églises. Je les visite chaque fois que je le peux. À l'étranger comme chez nous. Moi et ma femme avons pris une marche dans le Vieux Québec cet après-midi. Nous nous sommes arrêtés à la Basilique de Québec. Il y avait beaucoup de monde. Les gens étaient bruyants, peu respectueux de l'environnement. Il semble qu'il n'y a plus que les hommes vieux comme moi qui ôtent leurs chapeaux quand ils entrent dans une église.

Les élections municipales : un temps fort de la vie démocratique

La politique municipale ne se réduit pas à gérer des choses
Depuis 2005, les élections municipales sont tenues au même moment tous les quatre ans dans les 1100 municipalités du Québec. En 2017, ce sera le dimanche 5 novembre. À cette occasion sont élus le maire ou la mairesse, ainsi qu’au moins six conseillers ou conseillères. Dans les villes de plus de 20 000 habitants, la personne conseillère est associée à un district électoral. Selon la loi qui régit son fonctionnement (le Code municipal ou la Loi sur les cités et villes), le conseil municipal prend les décisions dans des champs de compétences qui lui sont exclusifs (transport en commun, sécurité incendie, eau potable et assainissement des eaux usées, matières résiduelles) ou partagés (habitation, réseaux routiers, police, loisirs et culture, parcs et espaces verts, développement économique et aménagement du territoire).
Le conseil municipal a un pouvoir de taxation et un rôle de développement humain. Il s'assure que les service…

Développer une culture d'apprentissage

Voici une réflexion que j'ai proposée à un groupe de 500 personnes intéressées par l'éducation et réunies à Québec le 12 septembre 2016 pour discuter d'une future politique nationale d'éducation.

Une politique, c’est d’abord une vision du monde Une politique, c’est d’abord une vision du monde, ensuite traduite en actions. Il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va (Sénèque). Où allons-nous en éducation? Vers quels lieux et par quels chemins? Une politique est une route balisée d’actions du quotidien, mais orientée vers un rêve, une utopie. Excellents? Nous ne le serons jamais tout à fait. Pertinents? Encore faut-il savoir par rapport à quoi. Efficients? Oui, mais en nous rappelant que ce mot ne se conjugue pas qu’au mode impératif économique parfait. Nous devons tendre vers l’excellence, la pertinence et l’efficience, donner un sens à nos efforts individuels et collectifs et éviter le réflexe tout humain de déterminer nos actions (et nos politiques) e…

Faut qu'on se parle

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J’ai participé hier à Québec à la consultation publique Faut qu’on se parle en compagnie de ma femme Judith, de ma fille cadette Juliette et de mon genre Francis, conjoint de ma fille aînée Noémie. Près de 400 personnes s’étaient regroupées au Musée de la civilisation pour cet exercice.
La méthode L’espace était aménagé avec une quarantaine de tables regroupant chacune dix personnes. Sur chaque table était posée une tablette électronique. En première partie, nous avions à répondre à des questions en lien avec les trois thèmes privilégiés ce soir là: le climat, l’éducation et la démocratie. Ce sont 669 réponses courtes qui ont été enregistrées. En deuxième partie, des cartes conceptuelles liées à chacun des trois thèmes étaient projetées sur grand écran et les membres du collectif (Gabriel Nadeau-Dubois, Jean-Martin Aussant, Maïtée Labrecque-Saganash, Aurélie Lanctôt, Claire Bolduc et Will Prosper) commentaient les réponses. Parfois, nous devions voter sur certaines propositions grâce à …