Le printemps en novembre
Après la lecture de ce livre, j’en ai lu la critique d’un lecteur qui m’aurait découragé d’en entreprendre la lecture: cet ouvrage propose un «wet dream péquiste». Ce n’est pas faux, mais le livre possède néanmoins certaines qualités et il m’a plu.
Carl Leblanc a écrit plusieurs autres livres et il sait comment déployer une histoire. Le personnage principal est un politologue professeur d’université, un transclasse issu de région, et il enseigne notamment l’utopie politique (tout comme moi). Il a vécu un intense moment d’émotion lors de l’élection du premier gouvernement péquiste en 1976 (comme moi), pour plus tard déchanter sur la possibilité objective de faire du Québec un pays. Comme moi, il est ému à l’écoute de Spiegel im Spiegel (Miroir dans le miroir) d’Arvo Pärt (voir le lien dans les commentaires). Les chapitres du livre alternent entre la soirée du 15 novembre 1976 et une soirée de novembre 2006 où il assiste à la première d’un film documentaire marquant le 30e anniversaire de l’événement.
Le 15 novembre 1976, à 18 ans tout juste, j’ai voté pour la première fois et ce fut pour le PQ, porté par la possibilité du pays, mais surtout par l’option sociale-démocrate. J’étais le copain de la fille du directeur des élections de ma circonscription, aussi j’ai vécu cette soirée de l’intérieur. Il fallait néanmoins garder une certaine retenue puisque ce lieu est censé être neutre d’un point de vue politique. Néanmoins, l’émotion et la joie étaient palpables.
Pour ma part, j’ai vite déchanté, et cela ne m’a pas pris 30 ans. Je n’ai plus jamais voté pour le PQ (mais j’ai voté Oui en 1995). Dès les élections de 1981, j’ai porté mon choix sur la gauche radicale, à ce moment le Parti communiste ouvrier (PCO): c’était le parti de Gilles Duceppe, mais aussi celui de… Pierre-Karl Péladeau! Il s’agissait là d’un vote de contestation puisque je n’ai jamais adhéré aux partis politiques dogmatiques.
En 2026, le PQ est très loin de sa version sociale-démocrate de 1976. Il mise sur le centre-droit et se distingue peu sur ce plan de la CAQ et du parti conservateur. Son nationalisme est étroit et son chef ne m’inspire aucune sympathie ni aucune confiance. Si on analyse les statistiques démographiques, il est plus que probable qu’un référendum sur l’indépendance du Québec en 2030 se traduirait par un appui au Oui en deçà de 38%, ce qui affaiblirait le Québec. De plus, le PQ croit exercer un monopole sur les souverainistes, ce qui est loin de permettre une quelconque ouverture à l’Autre. Bref, en 2030, est-ce que je voterais Oui à la proposition d’un pays Quebecor? Je n’en suis pas convaincu.
Commentaires