Cyberpunk. Le nouveau système totalitaire

Asma Mhalla est une jeune politologue franco-tunisienne. J’ai lu son premier livre, «Technopolitique» (Seuil, 2024), il y a quelques jours. Son deuxième et plus récent ouvrage, «Cyberpunk. Le nouveau système totalitaire» (Seuil, 2025) est beaucoup plus accessible et aussi intéressant que le premier. Sa thèse: «L’alliance entre une frange techno-réactionnaire et un milliardaire démagogue et autoritaire dessine l’ombre d’un (techno)fascisme possible au XXIe siècle» (p. 11).

Le XXIe siècle ne marque pas le retour du fascisme historique, mais l’émergence d’un fascisme postmoderne, puis d’un fascisme hypermoderne. Le fascisme postmoderne mime les codes du fascisme historique, mais il n’a pas de métarécit contre lequel se dresser (communisme, socialisme…). Il fabrique plutôt des ennemis intérieurs, il se nourrit du chaos et de la perte des repères traditionnels. Le fascisme hypermoderne est la version dure du fascisme postmoderne: il s’appuie sur un pouvoir exécutif fort, sur la surveillance algorithmique et sur l’intelligence artificielle de prédiction.
L’extrême-droite et les gourous de la Silicon Valley s’unissent pour promouvoir l’accélérationnisme: le fait d’accélérer le capitalisme grâce aux hypertechnologies afin de provoquer la grande implosion, le point de rupture duquel le nouveau monde naîtra. Ce nouveau monde a les caractéristiques d’une démocratie illibérale: «un régime élu démocratiquement, qui, prétendant détenir le monopole de la volonté générale du peuple, ignore de ce fait les limites constitutionnelles à son pouvoir et va jusqu’à déposséder les citoyens de leurs droits et libertés» (Le Larousse).
Pour résister à ce mouvement, Asma Mhalla invite notamment à ne pas céder «à la culture du vide des réseaux sociaux, mettez-vous à la juste distance pour protéger vos failles psychologiques. Vous avez un pouvoir, celui de choisir la qualité et la quantité des contenus auxquels vous vous exposez. Prenez soin de votre attention, denrée précieuse. Établissez votre hygiène cognitive selon vos propres règles. Éduquez vos algorithmes. Contrôlez avec ruse votre servitude.» (p. 173-174).

Commentaires