Marie-Victorin
La biographie du frère Marie-Victorin de Mathieu-Robert Sauvé est intéressante, mais elle aurait pu l'être bien davantage d'un point de vue sociobiographique. Elle est beaucoup orientée vers la botanique, avec de nombreuses occurences de noms de plantes en latin. Le biographe a surtout exploité les journaux de terrain et les récits de voyage du botaniste, ceci expliquant cela.
J'aurais aimé mieux comprendre certains événements marquants de sa vie. Les Frères des écoles chrétiennes se consacrent à l'éducation des jeunes, particulièrement les pauvres, ce qui fait que son oeuvre en recherche et en enseignement supérieur n'a pas toujours été appréciée par les supérieurs et les membres de sa communauté, sans doute jaloux de sa notoriété. Pourtant boursier du gouvernement, sa communauté n'a pas accepté qu'il aille en Europe pour réaliser son doctorat. Son supérieur ne s'est même pas pointé aux funérailles de Marie-Victorin et ses propos tenus à son endroit sont à la limite de la pure méchanceté.
Pourquoi Marie-Victorin n'a-t-il pas défroqué pour acquérir sa pleine liberté professionnelle, intellectuelle, amoureuse et sexuelle? Il avait les moyens financiers pour le faire. Je doute aussi que sa fréquentation des jeunes prostituées cubaines n'ait été motivée que par des motifs de curiosité biologique!
Marie-Victorin est peu préoccupé par la misère engendrée auprès des populations touchées par les deux grandes guerres. Tout au plus, ce sont deux événements à la périphérie de sa vie qui ont interféré un peu sur le cours de ses travaux. Il s'agit là d'une posture surprenante pour un religieux.
Bref, l'idée n'est pas de dénigrer l'homme et son oeuvre immense, mais plutôt de mieux comprendre comment ces individus nécessairement imparfaits naviguent à travers les écueils de la société de leur époque.
J'ai noté plusieurs coquilles dans le livre, ce qui est désormais peu fréquent dans les ouvrages de ce type, mais néanmoins excusable dans le cas d'un livre de 591 pages. Son contenu aurait eu avantage à être mieux intégré: sa lecture laisse une impression d'incomplétude.
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