Vous parler de mon fils
Un père fait le récit du harcèlement dont a été victime son fils de 14 ans et qui l’a amené au suicide. Philippe Besson propose dans cet ouvrage un angle intéressant pour aborder le fléau du harcèlement en milieu scolaire: le récit d’un père taiseux qui se sent coupable du drame, bien que lui et son épouse se soient investis sans compter pour accompagner leur fils dans cette épreuve.
C’est un livre en tout point remarquable. Il devrait être au programme de formation du personnel scolaire, particulièrement du personnel de direction dont j’ai accompagné la formation au cours des deux dernières décennies. Bien que la demande de formation fût orientée vers le savoir-faire managérial, je me suis toujours efforcé d’y insuffler une bonne dose de savoir-être.
Le harcèlement en milieu scolaire se gère certes grâce à des protocoles, mais cela a comme effet pervers d’induire une déresponsabilisation de l’établissement. La direction ne fait qu’appliquer le protocole et se dégage ainsi de sa vraie responsabilité. Or, sans nier la pertinence de tels protocoles, il faut aller au-delà de ceux-ci pour comprendre et combattre ce phénomène qui a des causes multiples.
Miser sur l’empathie comme valeur phare du projet scolaire est une option intéressante qui rallie de plus en plus d’écoles à travers le monde. Un dossier de la Presse en fait état:
«L’empathie, ça ne s’enseigne pas, ça se vit. Ça se vit, donc ça s’apprend», résume Omar Zanna, professeur de sociologie à l’Université du Mans, en France, et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. Ce docteur en sociologie et en psychologie étudie l’empathie depuis plusieurs années. Une notion qu’il définit non pas comme la capacité à se mettre à la place de l’autre – ce qui est impossible –, mais comme la capacité à percevoir le monde subjectif d’autrui «comme si» nous étions cette personne. Bien que l’humain naisse avec une disposition à l’empathie, celle-ci doit être éduquée pour être développée. Par le vécu, par le corps, en étant en contact avec les autres.»
Ai-je déjà été complice du harcèlement en milieu scolaire? Pas directement, mais en fermant les yeux sur les comportements de quelques collègues de classe, sans doute. Cela nous ramène dans la décennie des années 1970. En secondaire 1, j'étais outré qu'un collègue de classe se fasse intimider à la cafétéria. Un jour, un idiot avait versé le contenu d'une salière dans son sandwich. J'en ai informé ma mère le soir, pour lui demander comment je devais agir. Elle m'a dit qu'elle allait en informer le directeur de l'école, qui allait sans doute trouver une solution, lui. Le lendemain, je suis convoqué par l'interphone au bureau du directeur. Il me somme de dire le nom de l'agresseur, mais je m'y refuse, préférant signifier qu'une surveillance active à la salle à dîner permettrait d'observer de tels comportements, plutôt fréquents. Ben c'est moi que le directeur a chicané...
J’ai fait une veille de l’actualité scolaire au cours des dernières décennies pour constater que les lanceurs d’alertes en milieu scolaire se font beaucoup plus souvent punir que ceux et celles dont les comportements sont dénoncés. J’ai observé également que les services des ressources humaines banalisent ces événements, pour préserver la réputation de l’établissement.
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