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Affichage des articles du janvier, 2026

Comment naît le fascisme

Ce n'est pas un hasard s'il y a profusion d'ouvrages sur le fascisme parmi les nouveautés dans les librairies. "Comment naît le fascisme" (Grasset, 2025) est un recueil de dix textes du théoricien et militant communiste italien Antonio Gramsci (1891-1937). Surtout connu pour ses "Cahiers de prison" et son concept d'hégémonie culturelle, Gramsci a cotoyé Mussolini alors qu'ils étaient tous deux au Parti socialiste italien. Gramsci devient ensuite membre fondateur du Parti communiste alors de Mussolini fonde de son côté le Parti fasciste. Les dix textes réunis par Grasset en 2025 ont été écrits entre 1920 et 1924, à chaud lors de la naissance du fascisme italien et sans le recul nécessaire à une analyse contemporaine du phénomène. On y apprend néanmoins des choses intérerssantes, notamment que les grands propriétaires terriens faisaient porter une muselière aux vendangeurs afin qu'ils ne mangent pas le raisin récolté. Pour comprendre le fascism...

Gilles Archambault

De manière systématique, je lis tous les livres de Gilles Archambault; comme je suis abonné à plusieurs bibliothèques, il m’est possible de les emprunter en version électronique dès leur parution. J’ai beaucoup aimé son plus récent ouvrage intitulé «Puis je serai seul», comme j’ai aimé les précédents. C’est un recueil de courts récits et nouvelles. J’ai une préférence pour les récits, mais les nouvelles traitent des mêmes thèmes en prêtant vie cette fois à des personnages. Grands vecteurs de son œuvre récente: la vieillesse vue comme une fatalité (il a 93 ans), la solitude (il sort peu et reçoit peu de visite), la mort toute proche, l’écriture et la lecture. Ce n’est pas jojo, parfois redondant, mais néanmoins intéressant et prétexte à la réflexion sur le sens de la vie. Il ne croit pas à la portée de son œuvre: est-il sincère ou faussement modeste? Je le crois néanmoins sincère sur ce point. Comme lui je suis un amoureux du quartier Montparnasse de Paris et de son cimetière, et comme ...

Le printemps en novembre

Après la lecture de ce livre, j’en ai lu la critique d’un lecteur qui m’aurait découragé d’en entreprendre la lecture: cet ouvrage propose un «wet dream péquiste». Ce n’est pas faux, mais le livre possède néanmoins certaines qualités et il m’a plu. Carl Leblanc a écrit plusieurs autres livres et il sait comment déployer une histoire. Le personnage principal est un politologue professeur d’université, un transclasse issu de région, et il enseigne notamment l’utopie politique (tout comme moi). Il a vécu un intense moment d’émotion lors de l’élection du premier gouvernement péquiste en 1976 (comme moi), pour plus tard déchanter sur la possibilité objective de faire du Québec un pays. Comme moi, il est ému à l’écoute de Spiegel im Spiegel (Miroir dans le miroir) d’Arvo Pärt (voir le lien dans les commentaires). Les chapitres du livre alternent entre la soirée du 15 novembre 1976 et une soirée de novembre 2006 où il assiste à la première d’un film documentaire marquant le 30e anniversaire d...

Christian Bobin

L'auteur Yvon Rivard et l'autrice Dominique Fortier, entendus à l'émission de radio "Il restera toujours la culture" du 13 janvier, m'ont convaincu de m'attaquer à l'oeuvre de Christian Bobin. J'ai lu quelques-uns de ses livres il y a très longtemps et j'en ai gardé un bon souvenir. J'avais aussi rencontré dans un colloque à Clermont-Ferrand une spécialiste de son oeuvre qui en faisait l'éloge. J'ai lu la semaine dernière "Le Très-Bas" (sur François d'Assise), le journal intime "Autoportrait au radiateur" et "La Dame blanche" (sur Émily Dickenson). C'est littéralement de la poésie en prose qui séduit et qui captive. C'est une lecture qui fait grandir. Plusieurs autres de ses livres sont à mon programme de lecture de l'année.

Chef de la CAQ

Je crois que les personnes aspirant à la chefferie de la CAQ ne se font pas d'illusion quant à la possibilité objective de gagner leurs élections le 5 octobre 2026 (même dans leur circonscription). Elles aspirent plutôt à devenir premier ministre, même pour un court laps de temps, ce qui augmente de manière importante leur "valeur" sur le marché des consultants. J'espère que les journalistes feront le travail en avril 2027 de vérifier pour qui travaillent désormais toutes ces personnes: cela expliquera en bonne partie les choix qu'elles font maintenant, au nom du "bien commun" (sic). Déja, Jean-François Nadeau dans Le Devoir nous apprenait que "Florence Plourde, conseillère aux communications du premier ministre, vient d’être engagée par l’Institut économique de Montréal, le porte-voix québécois des ayatollahs du marché."

Pour faire court

Lus la semaine dernière. Entre la lecture d'un livre savant et celle d'un gros roman, j'aime les courts livres et essais. Philippe Delerm est un incourtournable: des recueils de courts textes comme des exercices de style autour d'une thématique souvent banale, mais qui prend du relief grâce à la qualité de l'écriture. Sylvia Plath (1932-1963) est une des autrices préférées de ma cadette. "Mary Ventura et le neuvième royaume" donne le ton de son oeuvre. "En particulier quand nous sommes plusieurs" de la Québécoise Maggie Blot explore l'amitié et les relations humaines avec le portrait de quatorze de ses amitiés. "Les inconvénients du progrès" logait dans ma bibliothèque depuis trop longtemps. Il s'agit d'un recueil de courts billets satiriques parus dans la revue québécoise "L'Inconvénient". L'ouvrage a un peu vieilli (2012), mais dans l'ensemble, il demeure intéressant. "Le magasin des suicides...

Hubert Reeves

Lu cette semaine "Hubert Reeves. Tout n'est pas foutu", un livre hommage. J'avais lu en septembre dernier ses méditations cosmiques qui m'avaient beaucoup plues. L'ouvrage de Laurence Honnorat n'est pas en soi une biographie, c'est plutôt une mise en contexte de son oeuvre scientifique, philosophique, humaniste et militante, ponctuée de commentaires de personnes qui l'ont connu, de poèmes, de citations. Reeves était une personne hautement consensuelle qui évitait le débat, aussi il n'est pas surprenant qu'il soit si unanimement apprécié malgré ses positions radicales sur l'écologie et sur le "putain de facteur humain". Cet ouvrage est la porte d'entrée idéale pour s'initier à l'oeuvre d'Hubert Reeves.

Sociobiographie

Lu "Sociobiographie", une série d'entretiens avec Didier Eribon. J'avais lu de lui, entre autres, "Retour à Reims" et l'excellent "Vie, vieillesse et mort d'une femme du peuple". La sociobiographie est l'écriture de soi, non pas de manière essentiellement autobiographique, mais comme réflexion conceptuelle et théorique sur les cadres sociaux qui constituent le "je". Je croyais qu'il s'agissait d'un livre de méthodologie, mais c'est plutôt un ouvrage qui contextualise le travail d'Eribon autour des études gaies et des études sur les transfuges de classes. Le type a bien connu Foucault et Bourdieu. Eribon manque de modestie et il se montre intransigeant, même avec ses collègues des journaux Libération, Le Nouvel Observateur et Le Monde avec qui il a eu ses premières expériences d'écriture comme critique littéraire, malgré le fait qu'il n'était pas vraiment qualifié. "Je vivais avec un sentime...

Technofascisme et Orwell

Lus la semaine dernière ces deux excellents livres politiques. Asma Mhalla est une jeune politologue brillante, spécialiste en géopolitique de la technologie et de l'intelligenmce artificielle. Sa thèse dans cet ouvrage: les technologies de l'hypervitesse, civiles et militaires, font de nous des soldats. Les géants de la Big Tech redéfinissent les jeux de pouvoir entre les nations et tracent les nouvelles frontières de la souveraineté. Ils sont l'avant-garde de la nouvelle Internationale réactionnaire. J'ai découvert cette chercheure lors du colloque de Pau sur le technofascisme. Prochaine lecture: son ouvrage "Cyberpunk: le nouveau système totalitaire" paru il y a quelques semaines. Aussi, la réédition en 2025 d'un ouvrage de 1984 de l'essayiste et romancier Simon Leys sur la pensée politique de George Orwell, l'auteur notamment de 1984. Orwell était socialiste, mais il a vertement critiqué le socialisme institutionnalisé. Jean-Claude Michéa le dé...

La bonne pauvre

Lu aujourd'hui. Je m'intéresse à la sociobiographie (genre littéraire décrivant la société à travers l'histoire d'une famille) et le premier ouvrage de la comédienne Annie Darisse-Desbiens en est un bel exemple. C'est aussi un livre sur les transclasses (personnes qui changent de classe sociale, passant d'un milieu socio-économique à un autre). C'est un livre très intéressant. Voici comment l'éditeur le présente: "Le 16 mars 2014, un accident survient au Bic, sur la route 132, près de Rimouski. Un camion semi-remorque entre en collision avec un véhicule dans lequel une mère et sa fille, respectivement âgées de 38 et 18 ans, perdent la vie. Les deux femmes se nommaient Corinne et Caroline. Elles étaient la sœur et la nièce d’Annie Darisse-Desbiens. Secouée par le drame et par ses résonances sociales, l’autrice entreprend de sonder quatre générations de femmes dont les vies, brisées, ont été marquées par l’infortune, les secrets et la honte. La bonne ...

Anne-Renée Caillée et Carole Laure: récits de vie

Trois livres lus en ce début d'année, trois livres d'autrices québécoises orientés vers les récits de vie. " L'Embaumeur " raconte dans un style vif et alerte le travail d'embaumeur du père de l'autrice, Anne-Renée Caillé. " Voyances" expose ses expériences avec divers médiums et voyants, entre scepticisme et adhésion à ces récits. Dans son premier ouvrage, " Je ne m'éloigne jamais trop de la maison ", l'actrice Carole Laure présente dans une langue poétique ses années d'enfance à Shawinigan, bel hommage à ses parents et à sa famille adoptifs qui l'ont beaucoup aimée.